Deuxième de six textes sur les batteries. Mercredi, c’était le prix. Aujourd’hui : combien de temps ça dure dans le char, et ce qui arrive quand ça baisse.
Commençons par le mythe. « Après dix ans, ta batterie est finie. » Non. Après dix ans, ta batterie a changé de job.
Le chiffre le plus solide qui existe vient de Geotab, qui suit des flottes par télématique. En avril dernier, sur 22 700 véhicules électriques et 21 modèles : une perte moyenne de 2,3 % par année, et 81,6 % de la capacité d’origine après huit ans.
Petite affaire que je n’ai vue nulle part, et qui compte. En 2024, sur 5 000 véhicules, Geotab annonçait 1,8 % par année et titrait « 20 ans ou plus ». Tout le monde a repris ça. Avec un échantillon quatre fois et demie plus gros, Geotab est remonté à 2,3 %, exactement son niveau de 2019. Alors si vous lisez encore « 1,8 % » ou « 20 ans » quelque part, sachez que c’est l’auteur lui-même qui a corrigé son chiffre.
Deux autres relevés, pour ne pas dépendre d’une seule source. P3 et Aviloo, en juin 2025, sur plus de 7 000 véhicules allant jusqu’à 300 000 km : la plupart gardent plus de 80 % de leur capacité même après 300 000 kilomètres. Et l’ADAC, en Allemagne, a roulé un VW ID.3 sur 220 158 km en cinq ans : de 96 % d’état de santé à 21 749 km, il est descendu à 89 %.
La courbe descend vite les premières années, puis elle se calme. Ça, les trois relevés le disent. Mes deux Model X le disaient aussi, si vous vous rappelez le texte du 10 septembre.
Le seul facteur d’usage clairement mesuré, c’est la charge rapide. Geotab encore : les véhicules dont plus de 40 % des séances dépassent 100 kW perdent 3,0 % par année. Ceux qui l’utilisent peu, 1,5 %. Le double, pour la même auto.
Maintenant, prenons le pire cas. Plus noir que tout ce que les relevés montrent. Mettons une auto qui partait avec 400 km et qui n’en fait plus que 140 après quinze ans. Je le dis tout de suite : aucune donnée de flotte ne montre une perte pareille. À 2,3 % par année, on serait plutôt autour de 280 km. Mais faisons exprès de prendre le scénario le plus déprimant.
140 km. C’est fini?
Statistique Canada, recensement de 2016 : la navette automobile moyenne au pays fait 18 km aller simple, et la médiane est de 8 km. Doublez pour l’aller-retour, ça fait 36 km en moyenne. Le Département de l’Énergie américain a mesuré que 73 % de tous les déplacements font 16 km ou moins, et que 98,6 % font moins de 121 km. Et dans un ménage à deux véhicules, le deuxième roule moins de 60 % du premier, soit environ 56 km par jour.
Alors non, 140 km, ce n’est pas fini. C’est une auto d’étudiant. C’est le deuxième char de la famille pour les commissions du quartier. C’est parfaitement fonctionnel pour à peu près tout ce que le monde fait dans une journée normale.
Il y a une affaire par contre que je ne vais pas vous cacher, parce que c’est justement celle que les textes rassurants oublient toujours. Le froid. Recurrent a mesuré ça sur plus de 30 000 véhicules et 34 modèles : à zéro degré, il reste 78 % de l’autonomie. À moins sept, environ 70 %. Une pompe à chaleur vous rend une dizaine de points à zéro degré.
Faites le calcul avec moi. Une batterie tombée à 140 km nominal, en janvier à zéro degré, ça vous donne environ 98 km. La dégradation et le froid ne s’additionnent pas, ils se multiplient. C’est ça, le vrai chiffre pour quelqu’un qui vit ici, et je préfère vous le donner moi-même.
Dernier point, et c’est celui où je vais être le plus honnête avec vous : est-ce que c’est le temps ou les kilomètres qui usent une batterie? Les données se contredisent.
Le Centre commun de recherche de la Commission européenne a testé en laboratoire un véhicule de 2015 qui avait 9 050 km au compteur. Neuf mille. Après six ans et huit mois, il était à 73,4 % de sa capacité. Presque pas roulé, un quart de la batterie parti. Ça, c’est le temps.
Mais Environnement et Changement climatique Canada a fait l’expérience inverse, et personne n’en a parlé. Deux véhicules identiques, même modèle, même version, fabriqués à sept mois d’intervalle, tous les deux âgés de huit ans. Le premier avec 13 903 km : perte de 8 %. Le deuxième avec 176 200 km : perte de 19,9 %. Les auteurs concluent que le kilométrage compte plus que le vieillissement calendaire.
Deux études sérieuses, deux conclusions opposées. Je ne tranche pas, et méfiez-vous de celui qui tranche.
Mercredi, la troisième partie : la réparation. Parce que quand une batterie a un problème, on ne change pas le bloc au complet, et ça change tout le calcul.
Votre avis? Vous, à combien d’autonomie une batterie devient inutilisable pour votre usage à vous?
Sources : Geotab, analyse de 22 700 véhicules, avril 2026 · P3 automotive et Aviloo, EVS38, juin 2025 · ADAC, essai longue durée du VW ID.3, juillet 2026 · Recurrent, étude sur l’autonomie par temps froid, novembre 2025 · Statistique Canada, recensement de 2016, navettage · Département de l’Énergie des États-Unis, mars et octobre 2024 · Commission européenne, Centre commun de recherche, septembre 2023 · Environnement et Changement climatique Canada, EVS38, juin 2025
